Fanfy
.studio
Carregando...
Imagem de fundo

My dude

Fandom: CORTIS

Criado: 17/05/2026

Tags

DramaAngústiaDor/ConfortoSombrioCrimePedofiliaUso de DrogasConsertoRealismoViolência GráficaDiscriminação
Índice

Les Murmures de la Poussière

La petite silhouette de Keonho semblait vouloir se fondre dans le crépi gris du couloir de l'école. À six ans, il possédait déjà cette agilité silencieuse des enfants qui ont appris que le bruit attire la douleur. Du haut de son mètre vingt-trois, il dépassait la plupart des camarades de son âge, mais ses épaules étaient si voûtées qu'il paraissait minuscule, une ombre fragile prête à s'effilocher au moindre courant d'air.

Sous sa chemise d'écolier, trop rêche, sa peau portait une cartographie de bleus et de cicatrices que personne ne voyait. Ou plutôt, que personne ne voulait voir.

Le soir tombait sur la maison des Gae, et chaque minute qui passait pesait sur la poitrine de Keonho comme une pierre. Il se souvenait de sa mère, du parfum de la lessive et de la douceur de ses mains avant que le monstre qui lui servait de père ne l'arrache à la vie dans une explosion de violence. On lui avait dit qu'il serait en sécurité maintenant. On lui avait promis une "famille d'accueil".

M. Gae l'attendait dans l'entrée. À trente-cinq ans, l'homme dégageait une odeur de tabac froid et de rancœur. Ses un mètre soixante-cinq ne l'empêchaient pas de dominer Keonho d'une présence écrasante, presque prédatrice.

— Tu es en retard, Keonho, gronda M. Gae d'une voix basse, dénuée de toute chaleur.

L'enfant baissa les yeux vers ses chaussures usées.

— Le professeur m'a gardé pour ranger les livres, monsieur... murmura-t-il, la voix tremblante.

Mme Gae sortit de la cuisine en s'essuyant les mains sur un tablier taché. À trente-deux ans, elle affichait un visage perpétuellement pincé, une expression de dégoût dirigée vers tout ce qui ne servait pas ses intérêts. Elle toisa le petit garçon comme on examine une marchandise défectueuse.

— Les excuses ne remplissent pas les poches, dit-elle froidement. On t'offre un toit, on te nourrit. Il est temps que tu rendes la pareille. Monsieur Choi passera ce soir. Assure-toi d'être... présentable.

Keonho sentit son cœur rater un battement. Il connaissait ce nom. Il connaissait les mains moites de Monsieur Choi, les pièces de monnaie que M. Gae comptait avec un sourire cupide après chaque visite, et la douleur sourde qui le laissait vide à l'intérieur.

— S'il vous plaît... pas ce soir, souffla Keonho, les larmes aux yeux.

La gifle partit si vite qu'il ne la vit pas venir. Sa tête bascula sur le côté, et le goût métallique du sang envahit sa bouche.

— Tu feras ce qu'on te dit, ou tu dormiras dehors dans le froid, trancha M. Gae. Allez, va te laver. Et ne fais pas de bruit.

Le lendemain à l'école, Keonho était une plaie ouverte. Il s'assit au fond de la classe, essayant de cacher les marques sur son cou avec le col de son pull. Mais dans la cour de récréation, la cruauté des enfants ne connaissait pas de limites. Ils sentaient sa faiblesse, cette odeur de défaite qui émanait de lui.

— Regardez, c'est l'orphelin ! cria un garçon en le bousculant. Pourquoi tu es si grand et si bête ? Tes parents ne voulaient pas de toi, c'est pour ça qu'ils sont morts ?

Les rires éclatèrent autour de lui. Keonho se recroquevilla contre le grillage, les mains pressées sur ses oreilles. Il voulait disparaître, devenir un grain de poussière, s'envoler loin de ce monde où chaque adulte était un bourreau et chaque enfant un miroir de sa propre misère.

— Laissez-le tranquille !

La voix était claire, ferme, malgré sa légèreté enfantine.

Un petit garçon s'interposa entre Keonho et ses agresseurs. C'était Seonghyeon. Il mesurait à peine un mètre dix-neuf, il était plus petit que Keonho, mais il se tenait droit, les poings serrés, un éclair de défi dans ses yeux sombres.

— Partez, ou je vais chercher la maîtresse, ajouta Seonghyeon sans ciller.

Les harceleurs grognèrent, lancèrent une dernière insulte, puis s'éloignèrent, cherchant une proie plus facile. Le silence retomba sur le coin de la cour.

Seonghyeon se retourna lentement vers Keonho. Il vit la lèvre fendue, le regard éteint, et cette terreur qui semblait ancrée jusque dans les os du petit garçon.

— Est-ce que ça va ? demanda-t-il doucement.

Keonho ne répondit pas. Il ne savait plus comment on parlait à quelqu'un qui ne voulait pas lui faire de mal. Il se contenta de hocher la tête, les yeux fixés sur les chaussures de Seonghyeon.

— Je m'appelle Seonghyeon, continua le petit garçon en s'asseyant par terre, juste à côté de lui, respectant une distance de sécurité. Et toi, c'est Keonho, c'est ça ?

— Oui, murmura Keonho.

— Ils sont méchants parce qu'ils ont peur, dit Seonghyeon avec une sagesse surprenante pour ses six ans. Ma maman dit que les gens qui crient fort sont souvent ceux qui se sentent les plus petits à l'intérieur.

Keonho leva enfin les yeux. Il vit dans le regard de Seonghyeon quelque chose qu'il n'avait pas vu depuis la mort de sa mère : de la compassion. Pas de la pitié, qui vous rabaisse, mais de la pure et simple gentillesse.

— Pourquoi tu m'as aidé ? demanda Keonho, sa voix n'étant qu'un souffle.

Seonghyeon haussa les épaules et sortit une petite bille de verre de sa poche. Elle était d'un bleu profond, avec des reflets argentés qui dansaient à la lumière du soleil.

— Parce qu'on est pareils, toi et moi. On est dans la même classe. On devrait être copains. Tiens, prends-la.

Il tendit la bille à Keonho. Ce dernier hésita, ses doigts tremblants effleurant la paume de Seonghyeon. Le contact fut bref, mais pour Keonho, ce fut comme une étincelle dans une obscurité totale. Il referma sa main sur le trésor de verre.

— Merci...

Les jours suivants furent un enfer de contrastes. Chez les Gae, Keonho vivait un cauchemar éveillé. M. et Mme Gae, voyant que l'enfant devenait de plus en plus léthargique, redoublaient de violence pour le "dresser". Il y eut des nuits passées dans le placard, des repas sautés, et ces visites d'hommes aux yeux vides qui le laissaient brisé.

Mais chaque matin, à l'école, il y avait Seonghyeon.

Seonghyeon partageait son goûter avec lui. Seonghyeon lui racontait des histoires de dragons et de chevaliers qui venaient sauver les enfants perdus. Seonghyeon ne posait pas de questions sur les bleus, mais il s'asseyait toujours du côté où Keonho semblait avoir le plus mal, comme pour faire rempart de son propre corps.

Un après-midi, alors qu'ils étaient assis sous le grand chêne au bord du terrain de sport, Keonho ne put plus retenir ses larmes. La douleur dans son dos, là où M. Gae l'avait frappé avec une ceinture le matin même, était insupportable.

— Je ne veux plus y retourner, hoqueta-t-il, le visage caché dans ses genoux.

Seonghyeon posa une main hésitante sur l'épaule de son ami.

— Chez toi ?

— Ce n'est pas ma maison, pleura Keonho. C'est... c'est un endroit sombre. Ils me font des choses... des choses sales, Seonghyeon.

Le petit garçon de six ans ne comprenait sans doute pas toute l'horreur des mots de Keonho, mais il comprenait la détresse. Il comprenait que son ami était en train de se noyer.

— Un jour, on s'enfuira, déclara Seonghyeon avec une conviction inébranlable. On aura une maison avec un grand jardin et personne n'aura le droit d'entrer sans nous demander. On mangera des gâteaux tous les jours et on dormira autant qu'on veut.

Keonho leva un visage baigné de larmes, cherchant un espoir auquel se raccrocher.

— Tu le promets ?

— Je le promets. On est une équipe, Keonho.

Mais la réalité reprit vite ses droits. Ce soir-là, Mme Gae était d'une humeur massacrante. Elle avait perdu de l'argent au jeu et M. Gae n'était pas rentré. Elle attrapa Keonho par les cheveux dès qu'il franchit le seuil.

— Regarde-toi, tu empestes l'école et la pauvreté ! Tu penses que tu peux traîner avec ce petit vaurien de Seonghyeon et oublier tes devoirs ici ?

Elle le traîna vers la cave. Keonho hurla, supplia, mais ses cris moururent contre les murs épais de la maison.

— Tu resteras ici jusqu'à ce que tu apprennes la gratitude, cracha-t-elle en l'enfermant dans l'obscurité fétide.

Seul dans le noir, recroquevillé sur le sol en ciment froid, Keonho sortit la bille bleue de sa poche. Il la serra contre son cœur. Le froid de la pierre semblait s'atténuer un peu. Il ferma les yeux et imagina la voix de Seonghyeon, les dragons, le jardin imaginaire.

Pendant ce temps, à quelques rues de là, le petit Seonghyeon ne dormait pas. Il fixait le plafond de sa chambre, inquiet. Il avait vu l'expression de Keonho en partant, cette lueur d'adieu qui l'avait terrifié.

Le lendemain, Keonho ne vint pas à l'école. Ni le jour suivant.

M. Gae avait décidé que Keonho était "trop instable" pour sortir. En réalité, les marques étaient devenues trop visibles pour être ignorées par les services sociaux s'ils venaient à passer. Ils l'avaient abandonné dans une pièce vide à l'étage, ne lui apportant qu'un peu d'eau et de pain sec, le gardant pour les "clients" qui ne se souciaient pas de l'état de la marchandise.

Seonghyeon, du haut de ses six ans, prit une décision. Il savait où habitait Keonho. Il l'avait suivi une fois, de loin, pour s'assurer qu'il rentrait bien.

Après l'école, au lieu de prendre le bus, il marcha. Ses petites jambes le portèrent jusqu'à la maison grise des Gae. Elle avait l'air méchante, cette maison, avec ses rideaux tirés et son silence menaçant.

Il contourna la bâtisse et commença à appeler doucement.

— Keonho ? Keonho, tu es là ?

À l'étage, derrière une fenêtre condamnée, Keonho crut halluciner. Cette voix... c'était son rêve qui l'appelait.

Il se traîna jusqu'à la vitre et colla son front contre le verre froid. En bas, dans le jardin en friche, il vit une petite tache de couleur. Seonghyeon.

— Seonghyeon ! appela-t-il dans un murmure désespéré, frappant faiblement contre le carreau.

Le petit garçon en bas leva la tête. Ses yeux s'agrandirent en voyant le visage pâle et émacié de son ami.

— Je vais chercher de l'aide, Keonho ! Ne bouge pas ! Je vais dire à ma maman, je vais dire à tout le monde !

— Non ! Ils vont te faire du mal ! cria Keonho, mais sa voix était trop faible.

Seonghyeon ne l'écoutait déjà plus. Il courait. Il courait comme si sa vie en dépendait, ses petites chaussures frappant le trottoir avec un rythme effréné. Il ne savait pas encore que ce geste allait déclencher une tempête, que les Gae allaient tenter de disparaître, de se débarrasser de Keonho comme d'un déchet gênant.

Il ne savait pas que le chemin vers la liberté serait encore long et parsemé de cicatrices impossibles à guérir.

Mais ce soir-là, dans sa prison de verre et de bois, Keonho ne se sentait plus tout à fait seul. Il regarda la bille bleue qu'il tenait toujours, et pour la première fois depuis la mort de sa mère, il se permit de croire qu'il pourrait peut-être, un jour, voir le soleil sans avoir peur de son ombre.

La promesse de Seonghyeon était comme un fil d'or dans un labyrinthe de ronces. Et même si les monstres rôdaient encore dans les couloirs de la maison des Gae, Keonho savait maintenant qu'il existait, quelque part, un petit garçon capable de défier le monde entier pour lui.

C'était le début d'un lien que ni la violence, ni le temps, ni l'horreur ne pourraient jamais briser. Un lien né dans la poussière d'une cour de récréation, scellé par une bille de verre et le courage pur d'un enfant de six ans.
Índice

Quer criar seu próprio fanfic?

Cadastre-se na Fanfy e crie suas próprias histórias!

Criar meu fanfic